Dans la pratique, cette contribution de la recherche scientifique prend plusieurs formes dont la recherche participative qui suppose une pleine intégration des acteurs concernés par l’objet de la recherche, la communion des ressources et la valorisation des savoirs des différentes parties que peuvent être les chercheurs, les acteurs de terrain... (Le Crosnier, Neubauer & Storup, 2013).
Au nombre des différentes formes que peut prendre cette approche participative, figurent les dispositifs de boutiques de sciences. Elles ont la propriété de fournir un support de recherche indépendant et participatif qui répond aux préoccupations de la société civile, (Gnaiger et Martin, 2001) en mettant en lien les acteurs du monde scientifique et ceux du monde associatif qui mènent une forme de recherche non académique pour produire des connaissances et des savoirs en réponse à des préoccupations propres.
C’est ce rôle de liant sciences-société que joue la boutique des sciences Trait d’Union dans le territoire de Montpellier Métropole auprès de l’unité d’appui et de recherche Maison des Sciences et des Humanités (MSH SUD)2. La Maison des Sciences et des Humanités est une Unité d’Appui et de Recherche sous les tutelles principales du Centrale National de Recherche Scientifique (CNRS), L’université Paul – Valéry -Montpellier 3 (UPMV) et L’Université de Montpellier (UM). C’est dans cette dynamique qu’elle a adressé les acteurs associatifs de l’industrie culturelle et créative qui est considérée comme une filière de premier plan, essentielle au rayonnement économique et culturel de la France3, et en l’occurrence le territoire d’Occitanie.
Dans ce domaine dense et riche composée des secteurs arts visuels, arts de vivre, édition, spectacle vivant, jeu vidéo, design et architecture, audiovisuel, musées et patrimoine, métiers d’art et de mode, musique, Jeu vidéo4,..., pour l’année 2024-2025, la focale est faite dans ce travail sur les compagnies du spectacle vivant du territoire de Montpellier Métropole. Aussi didactique que ludique, elles sont autant des actrices de divertissement que des forces vives de l’économie, de l’éducation, de la démocratisation et de la culture. À travers leurs créations, elles émerveillent, questionnent les réalités contemporaines et invitent leur public varié à la réflexion.
C’est ce secteur artistique important dans le territoire de Montpellier Métropole que Trait d’Union a entrepris d’explorer pour comprendre et répondre à ses problématiques quelles qu’elles soient en se basant sur son expérience et le savoir académique de la recherche scientifique.
Méthodologie
La première phase de ce travail a été consacrée à l’identification des compagnies du spectacle vivant de Montpellier Métropole qui évoluent dans les secteurs de la danse, du théâtre, de la musique et du cirque.
Nous avons identifié et contacté une quarantaine d’associations/ compagnies des domaines du théâtre, de la danse, de la musique et du cirque. Parmi elles, sept (07) se sont prêtées aux échanges introductifs à ce projet collaboratif de recherche. Il en ressort plusieurs problématiques variées.
L’identification s’est faite en croisant les informations fournies par la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) aux annuaires des associations culturelles locales et aux éléments complémentaires donnés par des personnes ressources (enseignants spécialisés, praticiens, etc.).
La deuxième phase a consisté à la collecte des données nécessaires à ce travail. Pour y parvenir l’approche d’une enquête qualitative a été privilégiée. D’une part, elle a permis de créer un cadre d’échange où les compagnies qui sont des expertes de leur réalité sentent la valorisation de leur connaissance. D’autre part, elle favorise une exploration approfondie et une bonne compréhension de leurs besoins en tenant compte de leur complexité, de leurs nuances...
Cette enquête qualitative a été menée via des entretiens semi-directifs avec pour objectif principal de faire émerger les différentes problématiques qui peuvent exister sur toute la chaîne créative que ce soit au niveau des thématiques de création, de la production, de la diffusion, du cadre institutionnel, des réalités professionnelles, des enjeux économiques ou sociaux. Les échanges ont notamment porté sur les défis majeurs rencontrés sur l’ensemble de la chaîne de création, les thèmes abordés par les œuvres et leur motivation, la place de la recherche dans le processus de création et le rapport des acteurs à la recherche scientifique.
Résultats
De nos entretiens avec les compagnies, il ressort plusieurs problématiques variées.
La problématique transversale du financement
Cette problématique traverse toutes les compagnies quels que soient leurs domaines d’intervention. En 2025, face à la baisse importante du portefeuille du ministère de la culture couplée avec la réduction des financements territoriaux, les compagnies rencontrées s’interrogent : quel modèle économique adopter pour moins dépendre du financement public et continuer à faire des créations de qualité qui s’adressent au grand public ?
Il faut noter que la préoccupation des acteurs n’est pas seulement de trouver de nouveaux leviers de financement pour répondre à leurs difficultés de fonctionnement et de création. Il est important pour eux que ce modèle économique épouse les caractéristiques d’un spectacle vivant, attractif et accessible au grand public.
Le spectacle vivant et l’enjeu écologique
S’il est important pour situer la création dans le temps et l’espace, générer des émotions, renforcer le ton de l’intrigue, le décor dans les arts du spectacle vivant est questionné par les enjeux écologiques. Alors qu’ils sont utiles ponctuellement, leur processus de fabrication et leur gestion après les spectacles est un sujet problématique pour certains acteurs.
Bois, métaux, plastique, solvants, énergie...les matériaux et les ressources utilisés pour la fabrication et le déploiement des décors ont une certaine empreinte sur l’environnement et amènent certaines compagnies à réfléchir à des possibilités de production de décor en accord avec les enjeux environnementaux, de réemploi ou de recyclage.
L’insuffisance d’espaces pour le travail de pré-création
Les acteurs disent faire face à une difficulté logistique : le manque d’espaces de répétition adaptés et abordables. L’offre d’espace dédié qui précède la livraison des œuvres est inférieure à la demande des nombreuses compagnies du territoire. Cette insuffisance a un impact significatif sur le processus de création, notamment le temps de recherche, la mise en forme des créations, l’expérimentation des projets artistiques, etc.
Le besoin d’accompagnement pour la recherche sur des thématiques de création
Les acteurs rencontrés ont une pratique propre de la recherche. Quoi qu’elle soit moins formalisée que les processus de recherche universitaire, elle existe et contribue à nourrir leur création artistique. Elle peut prendre la forme d’exploration de données historiques, sociales ou philosophiques, d’ateliers, d’enquête auprès des populations concernées, de rencontres avec des experts de l’objet de la création, des échanges entre artistes...
Toutefois, à côté de cette pratique, ils souhaitent la collaboration avec des acteurs de la recherche scientifique pour éclairer divers sujets de création.
Par exemple, comprendre comment le spectacle vivant et ses expressions (Théâtre, musique, danse, cirque...) à côté des approches médicales conventionnelles peut être une thérapie de bien être pour traiter les cas de perte de mémoire des personnes âgées, la santé mentale des jeunes, le rapport à la violence, l’altérité, les difficultés d’apprentissage des jeunes en milieu scolaire...
Il existe également un besoin de réflexion sur des sujets internes au monde du spectacle vivant, notamment la visibilité des femmes, l’égalité homme-femme dans la culture, l’influence de l’intelligence artificielle et la question du décloisonnement et de l’attractivité des arts du spectacle vivant à l’échelle du territoire.
À l’issue de ces échanges, trois compagnies ont soumis des préoccupations de sujets de recherche. Avec les acteurs de la recherche du MSH SUD, conformément à la démarche de co-recherche, le traitement de ces sujets de recherche se fera avec une implication totale des compagnies concernées. De la définition de la problématique à la collecte des données, elles seront activement impliquées dans toutes les étapes du processus, afin de coproduire des connaissances enracinées dans la pratique et des réponses réellement adaptées à leurs défis.
Discussion
La quarantaine de compagnies contactées est à priori inférieure au nombre réel de compagnies sur le terrain. La documentation fournie par la Direction Régionale des Arts et de la Culture ne renseignant que sur les compagnies conventionnées, les nombreuses autres compagnies non conventionnées n’ont pu être identifiées que par des annuaires en ligne et les connaissances de personnes ressources spécialisées dans différents secteurs du spectacle vivant. En l’absence de documentation officielle qui renseigne exhaustivement sur toutes les compagnies du territoire, il est possible que de plusieurs compagnies n’aient pas été prises en compte dans ce travail.
Les entretiens effectués se sont seulement tenus avec des compagnies de danse, théâtre et de musique. En effet, le contact n’a pu être établi avec les compagnies de cirque, malgré la multiplication des tentatives.
Seulement sept compagnies se sont prêtées aux temps d’entretiens. Même s’il en ressort des informations importantes, élargir le nombre de compagnies entretenues peut permettre de mieux apprécier le caractère commun des problématiques soulevées. Ainsi, les résultats qui sortiront des travaux du projet de recherche collaborative seront bénéfiques à l’ensemble des acteurs du secteur.
Conclusion
Ce travail a permis de faire émerger des problématiques de divers ordres. Elles seront mises en dialogue entre les compagnies et des acteurs de la recherche scientifique du tiers lieu Trait d’Union. Des sujets de réflexion en jailliront et seront co-traités par toutes les parties. De cette mise en commun peuvent sortir des pistes de solutions qui contribueront à valoriser localement les arts du spectacle vivant ainsi que le développement du territoire de Montpellier Métropole.
Bibliographie
Pierre Campagne, Bernard Pecqueur, Le développement territorial. Une réponse émergente à la mondialisation, 2014, éditions Charles Léopold Mayer, 267 pages.
Le Crosnier, H., Neubauer, C. et Storup, B. (2013). Sciences participatives ou ingénierie sociale : quand amateurs et chercheurs co-produisent les savoirs. Hermès, La Revue, 67(3), 68-74. https://doi.org/10.4267/2042/51888
Notes de bas de page
1 Dans leur ouvrage Le développement territorial : une réponse émergente à la mondialisation, Bernard Pecqueur et Pierre campagne articulent une relation entre développement du territoire et recherche universitaire. Ils démontrent comment elle est un intrant essentiel pour identifier et valoriser des particularités locales pour les transformer en atout social et économique.
2 La Maison des Sciences et des Humanités est une Unité d’Appui et de Recherche sous les tutelles principales du Centrale National de Recherche Scientifique (CNRS), L’université Paul – Valéry -Montpellier 3 (UPMV) et L’Université de Montpellier (UM).
3 Extrait de la présentation du Programme de Recherche National Industries Culturelles et Créatives (PREPR ICCARE) piloter par le Centre National de Recherche Scientifique (CNRS) pour accompagner et soutenir les Industries Culturelles et Créatives (ICC).
4 Extrait de la présentation du Programme de Recherche National Industries Culturelles et Créatives (PREPR ICCARE) piloter par le Centre National de Recherche Scientifique (CNRS) pour accompagner et soutenir les Industries Culturelles et Créatives (ICC).